Préface de ALLAIN BOUGRAIN-DUBOURG

   

Pourquoi ne pas le dire franchement, j'éprouve une aversion pour l'anthropomorphisme.

Les singularités du monde vivant me paraissent, en effet, si remarquables, que leur falsification à travers la pensée humaine conduit à les dénaturer. Pire, on métamorphose insidieusement les relations qui nous unissent à l'animal en faussant les langages respectifs. Cette dérive conduit à mécomprendre les animaux et, par conséquent , à ne plus leur offrir l'élémentaire de leurs réels besoins.

Tout cela pour souligner que je me suis engagé sans enthousiasme dans la lecture d'"Ainsi soit-il". Cannelle m'a probablement pris par la patte (voici que moi aussi je sombre dans l'anthropomorphisme !) puisqu'une page après l'autre, j'ai succombé à la narration. Le rythme est enlevé. Les mots sont choisis. Et les émotions s'affichent au gré du récit. La tendresse, l'humour, la révolte aussi ponctuent ce roman avec bonheur. Mais le talent de Christiane Dailly me séduit à d'autres égards. Elle a su intégrer dans son roman des réalités environnementales tristement d'actualité. Le peuple des airs foudroyé par des fusils avides de mort, les ours blancs confinés dans un territoire se réduisant comme une peau de chagrin, les volailles et autre bétail confinés dans des cages exiguës, les pigeons plus coupables que complices, et tant d'autres réflexions qui illustrent notre mépris à l'égard du vivant qui nous entoure.

Jonglant entre les coups de griffe et les coups de coeur, l'auteur réveille la conscience. Sa double passion pour l'écriture et pour le monde animal sert délicieusement ce roman.

Si je demeure réservé à propos des sentiments humains transposés aux animaux, j'avoue qu'à la lecture d'"Ainsi soit-il", il est des cas où la démarche ne démérite pas !

Allain Bougrain Dubourg